Entrevue avec le nouveau chef de la direction de Cuso

Récits

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Cuso a une longue tradition d’entraide et de solidarité. Qu’est-ce qui le distingue des autres organismes du genre? 

Cuso International occupe une place incomparable dans l’histoire canadienne de la coopération internationale. Cuso a contribué activement à définir l’image du Canada comme acteur mondial dans l’après-guerre. Cuso se démarque au pays grâce à ses milliers de coopérants-volontaires envoyés sur le terrain, à ses centaines de partenaires à travers le monde et à ses 60 années de lutte pour la justice sociale, dont ses collaborations avec des communautés autochtones au Canada. Ces caractéristiques et notre réputation de partenaire de confiance suffisent à faire de Cuso un organisme sans pareil.

Notre détermination à miser sur l’innovation et les pratiques exemplaires pour concrétiser notre mission fait également partie de notre ADN. Nous sommes de ceux qui relèvent constamment les attentes pour une coopération volontaire efficace, pérenne et professionnelle. Nous avons aussi conçu des stratégies et des outils de coopération volontaire en ligne. De plus, nous collaborons étroitement avec les groupes de la diaspora au Canada pour stimuler leur participation aux efforts de coopération internationale.

Tous ces éléments de notre histoire et de notre expérience nous serviront de points d’ancrage au cours des prochaines années, alors que nous devrons nous adapter aux transformations rapides du secteur de la coopération internationale.

Quels défis et perspectives entrevoyez-vous au cours des prochaines années?

Je suis fermement convaincu que les anciennes visions et stratégies de « développement international » sont sur le point de devenir complètement dépassées. Même si les activités caritatives descendantes ne semblent pas s’essouffler, leur rôle est devenu minimal en coopération internationale et cette tendance est là pour rester. Les organismes de la société civile axés sur l’entraide et la solidarité comme Cuso International – qui ont pour mission de bâtir un monde plus juste, plus équitable et plus durable – doivent s’adapter s’ils veulent rester pertinents, car les forces vives dans le Sud continuent de prendre leur essor.

Les approches fondées sur le partenariat privilégiées de longue date par Cuso sont parfaites pour relever les défis qui attendent le secteur de la coopération internationale. Ces approches seront l’étoile Polaire qui guidera la période cruciale de planification stratégique qui nous attend, durant laquelle nous devrons mieux définir les contributions distinctes de Cuso au progrès humain, social et environnemental à l’échelle mondiale.

Comment Cuso s’est-il adapté à la pandémie?

La pandémie fut un défi immense pour tout le monde, et Cuso n’y a pas fait exception. La santé et la sécurité de nos employés, de nos coopérants-volontaires, de nos partenaires et de la population en général sont toujours demeurées notre priorité ultime. Nous étions toutefois parfaitement conscients que les besoins des personnes les plus vulnérables ne faisaient qu’augmenter. Notre contribution était donc plus que jamais nécessaire. Mais nous avons dû modifier nos stratégies d’intervention. La plupart des coopérants-volontaires canadiens sont revenus au pays lorsque le gouvernement fédéral a recommandé le rapatriement des Canadiens et Canadiennes à l’étranger. Nous avons donc dû revoir rapidement nos stratégies et miser davantage sur certaines approches que nous privilégions depuis des années, comme la coopération volontaire en ligne, l’action bénévole de nationaux et la coopération volontaire Sud-Sud, c’est-à-dire l’affectation de coopérants-volontaires de pays voisins.

Pendant la pandémie, nos équipes en Amérique latine, dans les Caraïbes et en Afrique ont travaillé sans relâche pour continuer à défendre les droits des femmes, l’accès à l’éducation, l’accès à des perspectives économiques et l’aide aux réfugiés. Nous avons aussi réalloué certaines ressources à nos partenaires locaux pour la riposte à la pandémie. Sans surprise, l’une des retombées positives des deux dernières années est la consolidation de nos liens avec nos partenaires sur le terrain.

Au cours des prochaines années, nous souhaitons conserver certaines modifications apportées à nos façons de faire pendant la pandémie, dont le recours à la technologie, l’autonomisation de nos partenaires et les nouvelles formules de coopération volontaire, et ce, même lorsque la vie normale et nos activités auront repris leur cours.

Est-ce qu’un enjeu mondial vous tient particulièrement à cœur? Si oui, pourquoi?

Il va sans dire que l’humanité et notre planète se trouvent devant des défis de taille, dont la crise climatique et environnementale, la pandémie de COVID-19, les conflits et l’insécurité, les inégalités, les vastes mouvements migratoires, les atteintes aux droits de la personne et à la démocratie. M’étant employé toute ma vie à promouvoir la justice sociale, tous ces enjeux me tiennent à profondément à cœur. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai choisi de me consacrer à la coopération internationale.

Malgré tous ces défis, je tiens à souligner que nous allons dans la bonne direction depuis quelques décennies. Presque tous les indicateurs de développement humain affichent une certaine amélioration. Cette tendance mondiale devrait d’ailleurs attirer l’attention des acteurs de la coopération internationale. L’accès accru à l’information et les ambitions et capacités croissantes des pays du Sud remettent en question les normes et approches actuelles du « développement international ». Notre secteur doit s’adapter, faire son examen de conscience et dissiper les relents coloniaux qui persistent dans les approches et les systèmes en place. Pour conserver leur pertinence, nos priorités, notre structure organisationnelle et nos programmes devront s’adapter aux capacités en constante évolution des pays où nous sommes présents.