Transformer les mentalités grâce à des projets de protection de l’environnement

Transformer les mentalités grâce à des projets de protection de l’environnement

Le biologiste Sebastián Martinez ne peut s’empêcher de voir les liens d’interdépendance entre les organismes vivants. Il ne fait aucun doute pour lui que les espèces d’un écosystème dépendent les unes des autres pour leur survie. Évidemment, il est aussi extrêmement conscient de l’impact des comportements humains sur l’environnement et le fragile équilibre des écosystèmes.

« Peu importe le travail effectué par les scientifiques, comme planter des millions de mangroves, tous ces efforts seront vains si nous n’impliquons pas les communautés et ne faisons pas d’éducation, explique Sebastián. La science à elle seule a des pouvoirs d’action limités. »

C’est pourquoi ce coopérant-volontaire de Cuso International œuvrant auprès de Parques Nacionales, en Colombie, collabore étroitement avec les communautés pour qu’elles participent activement aux efforts de protection et de gestion de l’environnement. Il cherche tout particulièrement à mettre de l’avant l’apport des femmes dans l’industrie de la pêche, tout comme l’importance de leur contribution à la société et à la lutte pour l’égalité des genres pour accroître la résilience climatique et consolider les efforts de protection de l’environnement.

Dans la région côtière située au sud de Cartagena, ce Colombien de naissance et Canadien d’adoption (depuis l’âge de 12 ans) travaille avec des villageois qui dépendent essentiellement de la pêche et de la coupe de mangroves pour gagner leur vie et nourrir leur famille. Les hommes s’occupent de la pêche, et les femmes du nettoyage et de la préparation du poisson en vue du marché.

Avec ses homologues de Parques Nacionales, Sebastián s’est rendu compte, au fil des ateliers et des discussions, que les femmes étaient les gardiennes du savoir. Elles sont bien au fait de la taille et de l’espèce des prises, mais n’ont jamais eu la possibilité de transmettre leurs connaissances parce que, de façon générale, leur travail est dévalorisé.

« Les pêcheurs n’avaient pas connaissance de la taille et de l’espèce de leurs prises, c’était les femmes qui avaient cette information. Or, il est essentiel d’avoir des données précises », souligne Sebastián en ajoutant du même souffle que la surpêche et la capture de trop petits poissons peuvent avoir des conséquences désastreuses sur les populations de poissons. « Lorsqu’on écoute les femmes et qu’on tient compte de ce qu’elles ont à dire, elles peuvent amener les hommes à modifier leurs habitudes de pêche. Et cela contribue aux efforts de protection de l’environnement. »

Il est donc crucial de documenter le travail des femmes et de partager l’information recueillie avec les autorités municipales et les organismes de protection de l’environnement. Les communications avec les autorités locales s’améliorent, constate Sebastián, notamment grâce à la contribution du personnel de Cuso en Colombie.

« Les femmes sont fières de leur travail. Et maintenant qu’elles ont voix au chapitre, elles participent à la prise de décision », ajoute-t-il.

Par ailleurs, Sebastián et ses collègues travaillent avec des villageois pour les encourager à mettre fin à l’exploitation halieutique et forestière intensive en raison leurs conséquences néfastes sur la biodiversité et les populations de poissons dans la région. Après avoir discuté avec un groupe de pêcheurs, Sebastián a commencé à leur donner des ateliers en apiculture, une activité qu’il a pratiquée au Canada, pour leur garantir une nouvelle source de revenus.

Sebastián a tissé une amitié solide avec l’un de ces pêcheurs, Raúl Blanco, qui vit près du Santuario de Fauna y Flora El Corchal, une aire protégée au sud de Cartagena. Raúl pêche et coupe du bois depuis des années pour nourrir sa famille, dont ses deux petites filles.

« Raúl n’avait pas le choix de pêcher et de couper du bois pour survivre, même s’il se rendait bien compte qu’il n’y avait pas d’avenir pour lui et ses enfants dans ces industries », explique Sebastián. Raúl ayant été sélectionné pour participer au programme d’apiculture, il a suivi des cours et reçu le matériel nécessaire pour se lancer dans l’aventure (ruches, outils et abeilles).

« Raúl est tombé en amour avec l’apiculture. Il aime et respecte les abeilles. Tout se passe bien pour lui, ajoute Sebastián. C’est un leader assoiffé de connaissances. Il tire maintenant l’essentiel de ses revenus de la vente de son miel. La pêche et la coupe forestière ne sont plus que des activités secondaires. C’est un exemple pour sa communauté. Il montre qu’il existe des solutions de rechange durables à la pêche et à l’exploitation forestière. »

Comme le constate Sebastián, il ne faut parfois qu’une seule personne comme Raúl pour changer les perceptions des gens et les encourager à devenir des moteurs de changement. Quant à l’apiculture, les villageois étaient hésitants au début et ne croyaient pas pouvoir en tirer un bon revenu. Le succès de Raúl ayant piqué leur curiosité, ils sont maintenant plus enclins à délaisser la pêche et la coupe forestière.

« Il y a des limites à ce que je peux faire comme individu, mais les possibilités de changement sont malgré tout extraordinaires, souligne Sebastián. Il suffit de changer la mentalité d’une seule personne pour provoquer une vague de changement. »

Pour Sebastián, qui travaille dans la région avec Cuso depuis quatre ans, la réussite de ces initiatives et les relations qu’il cultive avec les gens lui donnent le sentiment de contribuer activement à la lutte aux changements climatiques.

« J’aime travailler avec les gens et redonner à mon pays d’origine en y apportant des changements positifs, renchérit-il. Et j’apprends des tas de choses. Nous apprenons énormément les uns des autres. C’est extrêmement gratifiant de voir l’impact que nous avons dans la vie des gens et de constater que nous pouvons contribuer à l’amélioration de leur situation. »