En mission : la promotion des droits des femmes au Myanmar

Le petit édifice de style colonial en bois de Dawei a un petit quelque chose de spécial… Bien qu’il tombe légèrement en ruine, il s’agit du seul refuge pour les femmes et les filles qui fuient la prostitution forcée, la violence sexuelle et la violence conjugale dans la région de Tanintharyi, au Myanmar (Birmanie).

Ouvert en 2016, le refuge est opéré par la Tavoyan Women’s Union. Il offre aux survivantes de violences de toutes sortes un lieu de vie, des repas et du counseling, de même que du soutien et de l’assistance pour défendre leur cause en cour.

« Ces femmes poursuivent une mission : l’égalité entre les sexes », souligne Katherine Chong, une coopérante-volontaire de Cuso International, qui agit à titre de conseillère juridique au sein de l’Union. L’an dernier, l’Union a offert un toit à 17 femmes et filles, offert des services juridiques gratuits à 49 femmes et filles dans des affaires de viol, de violence conjugale, de traite de personne, d’enlèvement ou de fugue.

L’Union offre des services juridiques à ses clientes, comme des fonds pour couvrir les frais d’avocat et de transport, explique Aly Pang, une autre coopérante-volontaire de Cuso International et conseillère en relations hommes-femmes auprès de l’Union. « Bien des femmes manquent de ressources pour naviguer dans le système juridique, précise-t-elle. Et partir de leur village pour se rendre à Dawei peut leur coûter une semaine de salaire. »

Pendant son affectation de 10 mois, Aly a étudié la loi du point de vue des droits des femmes et élaboré un programme pour enseigner aux résidentes du refuge à coudre et à faire de l’artisanat. « Nous avons constaté que les femmes et les filles qui attendaient leur procès étaient souvent désoeuvrées, raconte-t-elle. En plus de leur donner un sentiment d’indépendance, acquérir de nouvelles compétences leur permet de trouver du travail. »

L’Union donne également aux femmes les outils pour devenir des leaders dans leur communauté. À preuve, Lwin Lwin Hlaing a commencé à travailler comme gestionnaire des programmes de défense des droits des femmes chez Peuples solidaires Myanmar après avoir suivi une formation par l’entremise de l’Union. Aujourd’hui, elle dirige plusieurs projets, dont un sur la sécurité des femmes en milieu urbain, ainsi que des campagnes de concert avec d’autres organismes dans le but de rendre les services publics moins sexistes.

Lutter contre le manque d’inclusion

La construction d’un port de mer et d’une zone industrielle d’importance à Dawei pose de sérieux problèmes aux résidents locaux. On a procédé à des évictions sans compensation (ou avec des compensations minimes), la pollution de l’air, de l’eau et de la terre est terrible et les personnes affectées n’ont pas été consultées, raconte Katherine. « Et l’un des problèmes récurrents, c’est le manque d’inclusion des femmes dans ces processus », souligne-t-elle.

Si les hommes profitent minimalement de la création d’emplois, les femmes obtiennent rarement du travail et ne font que subir les aspects négatifs de la situation, explique Aly. « Le risque de traite de personne est élevé chez les jeunes femmes en raison de l’afflux important de travailleurs étrangers. De nombreux hommes célibataires arriveront dans la région, ce qui pourrait entraîner une augmentation de la prostitution. De plus, les cultivatrices sont déplacées. »

L’Union continue malgré tout de promouvoir l’accès équitable à l’information concernant le projet, ainsi que sa participation aux discussions sur les solutions communautaires et aux négociations avec les entreprises et le gouvernement. Elle continue à encourager les femmes à s’impliquer dans la politique et à exiger des changements législatifs pour inclure les idées et les points de vue des femmes dans le processus décisionnel.

« Il serait imprudent de sous-estimer leur force et leur volonté, affirme Katherine. Ces femmes sont passionnées et déterminées à protéger leur famille et les droits de leurs soeurs, de leurs mères, de leurs filles et de leurs enfants. »