Amener une organisation à s’évaluer pour mieux poursuivre sa mission

Un projet mis en veilleuse qui ressurgit pour se concrétiser après 25 ans d’hibernation. Voici l’expérience de Martine Gauthier, qui revient tout juste d’un séjour de coopération de six mois au Bénin grâce à Cuso International.

Elle avait toujours eu l’intention de partir. Du moins à l’époque où elle rédigeait son mémoire de psychologie sur la sorcellerie en Afrique alors que son intérêt pour l’ethno-psychiatrie était vif. Mais Martine s’est tenue très occupée durant un quart de siècle, d’abord comme psychologue. Aujourd’hui âgée de 52 ans, elle a consacré la dernière décennie à la gestion, dont les deux dernières années en tant qu’adjointe à la direction des services multidisciplinaires au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec. Toujours dans le milieu de la santé mentale, la femme doit composer avec un « orchestre » de 80 employés!

Cette évolution de carrière l’a ramenée sur les bancs d’école. Alors qu’elle cherche un projet d’intervention pour sa maîtrise à l’École nationale d’administration publique (ENAP), apparaît l’affectation de Cuso de conseillère en développement organisationnel au Bénin. Le mandat est au service de l’Association Saint-Camille-de-Leillis, qui accueille et prend soin de malades mentaux dans quatre centres d’hébergement et de travail et un hôpital. Organisation et santé mentale : le match est parfait.

Sur place, elle découvre une association portée par la force d’hommes et de femmes dévoués. Une organisation soutenue aussi par « cette foi qui déplace des montagnes », que décrit et admire Martine. Mais « à la Saint-Camille, ils sont beaucoup dans l’urgence d’agir rapidement », résume la coopérante. Il s’agit donc de mettre en place un secrétariat général dans la ville de Calavi, au sud du Bénin. Martine doit aussi engager et guider la Saint-Camille dans un processus d’auto-évaluation organisationnelle.

Le défi est de susciter la réflexion et l’auto-évaluation, sans être intrusive. La difficulté? « Résister à l’envie d’animer des groupes de paroles, de prendre en charge moi-même des psychothérapies », explique-t-elle. Surtout, ne pas devenir irremplaçable, et faire comprendre que les tâches doivent être confiées à plus d’une personne pour faire face au roulement de personnel.

Cette approche, préconisée par Cuso International, se trouve en continuité avec le travail de psychologue et de gestionnaire de Mme Gauthier : « J’ai toujours été une parenthèse dans la vie des personnes, c’est très important qu’ils soient autonomes. » L’expérience a donc apporté un regard extérieur, global et transversal à l’organisation béninoise.

Les premiers jours après son arrivée, on se fascinait pour son pas trop pressé. De son côté elle s’exaspérait de devoir négocier. Puis, elle a appris à s’arrêter pour saluer, à apprécier la qualité de présence.

Fière de sa contribution, Martine Gauthier ramène ainsi plus de patience. Une nouvelle sensibilité interculturelle lui servira également dans son quotidien au CHU de Québec. « J’aurai une autre vision des résistances de patients récalcitrants à certains traitements. Je pourrai mieux guider mes employés », croit-elle.

Enfin, elle rapporte aussi dans son bagage le modèle inspirant de soins aux malades mentaux développé par la Saint-Camille. Quant à son bagage physique proprement dit, il lui aura fallu près d’une semaine pour le défaire. Elle se réapproprie son monde, baignée entre le flot des souvenirs et l’envie de manger de la crème glacée double chocolat.

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