En souvenir de Bill McNeill

In Memoriam_Bill McNeillCet ancien coopérant-volontaire et cadre de Cuso International (en Afrique de l’Ouest et à Ottawa) a rendu son dernier soupir le 25 mars dernier. En 1965, après avoir été coopérant-volontaire au Nigeria de 1963 à 1965, Bill devient le premier employé du bureau de Cuso International dans ce pays. Deux ans plus tard, il est nommé directeur du bureau de l’Afrique de l’Ouest, puis directeur des opérations canadiennes.

L’éloge funèbre qui suit a été prononcé par son ancienne collègue, Barbara (Geddes) Hoffman, lors des funérailles du 6 avril dernier, à Victoria, en Colombie-Britannique. Barbara fut coopérante-volontaire à Sarawak, de 1964 à 1966. Après avoir épousé Peter Hoffman (Sarawak, 1967 à 1969), le jeune couple a travaillé à Kuala Lumpur, en 1971, à titre de conseillers sur le terrain pour le bureau de CUSO en Malaisie.

Toutes les personnes présentes à l’église St. Barnabas aujourd’hui se souviennent de Bill et se sont réunies pour honorer sa vie et son œuvre. Les gens qui l’ont connu uniquement depuis qu’il a pris sa retraite à Victoria pourraient ne pas reconnaître le Bill que je vais vous décrire. Au cours des dernières années de sa vie, Bill est devenu un homme tranquille, digne et conservateur, reconnu pour son amour de l’opéra, son talent de cuisinier et son hospitalité.

Dans sa jeunesse et dans sa vie adulte, s’il était déjà reconnu pour son talent de cuisinier, son hospitalité et sa générosité, il était aussi connu pour être le directeur général de l’un des plus grands organismes sans but lucratif canadiens. Il a été la force tranquille derrière la reconstruction d’Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC). Avec seulement sept employés et un bureau installé dans une vieille demeure d’Ottawa, il a su créer un organisme dynamique doté d’un réseau de comités collégiaux et universitaires partout au Canada. Au bout de 17 ans, les professionnels canadiens participant à des projets de développement sur le terrain se comptaient par centaines, des projets gérés par les bureaux d’EUMC présents dans pas moins de 22 pays. Bill est ainsi devenu un partenaire digne de confiance de nombreux recteurs universitaires, hauts fonctionnaires, ambassadeurs et même de certains premiers ministres de pays d’Asie, d’Afrique, des Caraïbes et d’Amérique du Sud.

Comment un jeune homme originaire d’un village manitobain n’ayant pas eu la chance de faire des études secondaires est-il parvenu à jouer un rôle aussi majeur?

Cela s’explique de deux façons, à mon avis. Premièrement, il n’avait pas peur de prendre des risques. Deuxièmement, il était profondément intéressé par l’humain et traitait les gens avec respect et un grand souci d’équité. Il avait également beaucoup de chance : ses talents répondaient aux besoins de son époque et il était né juste au bon moment pour pouvoir joindre Cuso International!

Partir sur le terrain avec Cuso comportait une certaine dose de risque à cette époque, alors que seulement quelques enseignants partaient sur le terrain contre un maigre salaire local. Bill s’est joint à Cuso en 1964. Mais il avait déjà pris un certain nombre de risques. Il avait quitté Lakehead, où il avait commencé à travailler comme commis à 13 ou 14 ans. Il s’était installé à Toronto, où il avait trouvé un emploi à la CBC sur les productions radio et télé. Puis il a déménagé à Montréal, où il s’est inscrit à l’Université Sir George Williams à titre d’étudiant adulte. Il gagnait alors sa vie en travaillant comme secrétaire du directeur du Département d’anglais, un enseignant et un chercheur respecté confiné à son fauteuil-roulant. Bill poussait son fauteuil, prenait des notes sous sa dictée et rédigeait sa correspondance tout en poursuivant ses études de premier cycle en études anglaises.

À son arrivée chez Cuso, Bill a développé ce qui allait devenir sa principale force : trouver des moyens d’aider les gens à découvrir leurs talents en leur offrant des emplois exigeants. S’il s’est souvent retrouvé à affecter des coopérants-volontaires sans trop savoir s’ils parviendraient à relever le défi, il a toujours été là pour les soutenir.

« Bill était toujours prêt à livrer bataille pour les gens », souligne l’un de ses amis. « Je lui dois toute ma carrière, souligne une autre. Il m’a embauchée à Cuso et m’a offert le poste de directrice alors que d’autres programmes de Cuso étaient hésitants à offrir un tel emploi à une femme. » Bill était en avance sur son temps. Il n’hésitait pas à offrir des postes de cadre à des femmes.

Il a également fait preuve d’audace dans ses décisions de programmation et de dotation à l’EUMC, notamment en déterminant qui, parmi l’un des couples choisis, serait conseiller sur le terrain. J’ai ici un autre témoignage qui se lit comme suit : « Bill était un merveilleux patron. Ouvert à toutes les possibilités. Bill a déposé le Globe and Mail sur mon bureau, ouvert à la page d’un article portant sur la création d’un nouveau programme canadien de parrainage citoyen de réfugiés. Après avoir longuement discuté des pour et des contre, la conscience aiguë des risques de Bill a cédé le pas à une évaluation lucide des avantages tant pour les étudiants réfugiés que pour les étudiants canadiens.
Plus de Canadiens devraient être au courant de cet héritage laissé par Bill. »

Ses années à l’EUMC ont coïncidé avec l’augmentation rapide des budgets canadiens consacrés à l’aide et au développement international, ainsi qu’à la recherche de partenaires de mise en œuvre. Sous sa direction, l’EUMC a connu une croissance rapide : les îles Comores avaient besoin de professeurs de français et le Nigeria voulait des professeurs d’anglais et était prêt à en financer le recrutement. Bill a également lancé des programmes au Bénin, au Mali, au Lesotho, au Botswana, au Swaziland, au Zimbabwe, au Pakistan, au Sri Lanka, au Bangladesh, en Indonésie, dans les petits états insulaires de l’est des Caraïbes et au Pérou. Le gouvernement du Pérou lui a même remis l’Ordre du Mérite pour son aide précieuse pour l’obtention du financement nécessaire à l’installation de services d’approvisionnement en eau dans les bidonvilles de Lima.

Bill n’était pas une personne flamboyante, mais il avait du style, particulièrement quand venait le temps de s’amuser, ainsi qu’un excellent sens de l’humour. Sa maison d’Ottawa était décorée d’élégants tapis, de peintures originales et de sculptures africaines. Et le cœur de sa demeure était la salle à manger et la cuisine, des pièces cruciales dans la vie de Bill. On trouvait également une grande cage abritant un perroquet jaco d’Afrique de l’Ouest dans la salle à manger. Bill adorait recevoir ses amis pour le souper, le dîner et même des réceptions avec 50 à 60 convives à table.

Son style et son hospitalité légendaires se sont également exprimés dans les Açores, où il a fondé une école de cuisine dans la grange derrière la résidence principale, le pavillon des invités et le verger.

Bill adorait s’entourer des personnes qu’il aimait. Plus il était entouré, mieux il se portait!

Il sera toujours présent dans notre cœur et notre mémoire.