Sensibiliser la population à la stigmatisation de la santé mentale

Mélanie n’en croyait pas ses yeux… Un homme maigre et souffrant était enchaîné à un arbre. Complètement couvert de poussière, il n’avait qu’une tasse et un bol sales à côté de lui. Sa chaîne lui permettait à peine de se tenir debout et de faire quelques pas. Il vivait ainsi depuis plus d’un an…

Mélanie et lui ne parlaient pas la même langue, mais elle pouvait lire toute sa souffrance dans ses yeux. Elle ressentit une tristesse infinie. Elle n’avait jamais été aussi bouleversée de toute sa vie. Comme bien des gens atteints de maladies mentales au Bénin, en Afrique de l’Ouest, André* était retenu prisonnier par sa famille et ses voisins.
Mélanie Labelle-Royal, une éducatrice spécialisée canadienne, s’était rendue au Bénin pour y travailler comme coopérante-volontaire de Cuso International. Son objectif : collaborer avec la population et le partenaire du Cuso afin de proposer des solutions durables à des problèmes criants. Mélanie travaillait de concert avec l’un des centres de l’Association Saint-Camille-de-Lellis, à Djougou, dont l’une des missions consiste à libérer les personnes atteintes de maladies mentales (gardées captives comme André), de leur offrir des soins adéquats et de les aider à réintégrer la société.

Pendant son affectation, Mélanie a donné aux soignants du centre Saint-Camille, tous d’anciens patients de cette institution, les formations professionnelles qui leur faisaient cruellement défaut. Car il faut bien le dire, les petits villages n’ont pas les ressources nécessaires (médecins et autres professionnels de la santé) pour traiter adéquatement les personnes qui souffrent d’une maladie mentale. Dans les situations extrêmes, lorsque la sécurité publique est en danger, les villageois n’ont d’autre choix que d’enchaîner les malades à un arbre pendant des mois, voire des années.

Le travail qu’effectuait Mélanie à Djougou était à la fois très exigeant et extrêmement valorisant. En tant que coopérante-volontaire de Cuso International, elle représentait tous les citoyens soucieux d’offrir des soins de santé adéquats et d’assurer une vie meilleure aux populations des pays en développement.

Les centres de l’Association Saint-Camille sont des lieux bien particuliers : non seulement on y traite les gens abandonnés par leur famille, mais on y offre de la formation de soignant aux anciens patients. Tant les patients que les soignants prennent des médicaments qui ne sont pas toujours disponibles dans les hôpitaux, en plus d’apprendre à déterminer et respecter les dosages appropriés.

On apprend également aux patients à tisser, à cuisiner et à jardiner afin d’améliorer leur estime de soi et de les aider à réintégrer leur village. Mais le plus important, c’est la compassion et l’intérêt sincère dont le personnel du centre fait preuve à l’égard des patients et des soignants.

Grâce à des soins de qualité, une médication adéquate et beaucoup de douceur, André a réussi à stabiliser tranquillement son état de santé et à retrouver sa confiance en lui. Les soignants ont encouragé les membres de sa famille à lui rendre visite et les ont aidés à comprendre que sa maladie pouvait être traitée s’il recevait l’aide et les médicaments nécessaires. Après un certain temps, André fut suffisamment en forme pour suivre la formation de soignant et devenir un membre fiable de l’équipe. Il a finalement été invité à revenir dans son village, où il travaille à temps plein comme pompiste.

Jusqu’à présent, plus de 60 000 hommes et femmes ont profité des services des centres de Saint-Camille, au Bénin et en Côte-d’Ivoire. Peu à peu, il est venu à l’oreille de la population de la ville et du pays que l’Association Saint-Camille avait l’expertise nécessaire pour traiter des personnes atteintes d’une maladie mentale.

Bien sûr, ce genre de travail ne convient pas à tout le monde. C’est épuisant, physiquement et émotionnellement. Mais Mélanie a pu voir la vie de gens comme André changer du tout au tout. À la fin de son affectation, Mélanie savait qu’elle avait aidé concrètement la communauté à apporter des changements précieux et durables.

*Nom fictif.

FAIRE UN DON POUR NOUS AIDER À ENVOYER D’AUTRES COOPÉRANTS-VOLONTAIRES SUR LE TERRAIN