Entrevue : Brian Atkinson

Pendant plus de dix ans, le photographe Brian Atkinson a documenté un nombre incalculable de programmes de Cuso International dans huit pays différents. Nous nous sommes assis pour parler de ses expériences, de ses défis et pour écouter des histoires amusantes. Voici notre interview complète.

Cameroun, 2018.

Comment êtes-vous entré en contact avec Cuso?

Brian: Ça fait tellement longtemps que j’ai un peu de mal à me souvenir des détails… Une femme avec qui j’avais voyagé et travaillé au Guatemala travaillait avec Cuso. J’ai malheureusement oublié son nom. C’était la toute première brigade de communication de Cuso, qui avait trouvé du financement pour envoyer environ 12 journalistes et 12 photographes pour documenter et photographier les projets de Cuso à travers le monde.

Cette femme, qui connaissait mon travail, m’a envoyé le formulaire de candidature. Le plus drôle, c’est qu’en le lisant, j’étais convaincu qu’ils ne cherchaient que des journalistes. J’ai donc laissé tomber. Un peu plus tard, j’ai relu le formulaire et compris qu’ils étaient aussi à la recherche de photographes. Après un long processus de vérification, j’ai été jumelé avec un ancien producteur de documentaires de la BBC et nous avons passé six semaines au Honduras. Vous connaissez la suite!

Décrivez-nous votre rôle et les endroits que vous avez visités.

Mon travail consiste à rapporter des images pour illustrer les témoignages concernant les projets auxquels Cuso participe. J’ai documenté des programmes au Bénin, au Cambodge, au Cameroun (deux fois), en Éthiopie, au Honduras (deux fois), au Laos, au Myanmar (Birmanie) et au Nicaragua.

Honduras, 2012.

Vous avez couvert des situations intenses pour Cuso. Pouvez-vous nous raconter une situation qui vous a vraiment marqué?

C’était lors de mon premier voyage au Honduras, à la fin de 2009. Nous nous rendions dans un village éloigné pour interviewer une mère dont la fille avait été assassinée devant leur maison. Tout le monde connaissait le responsable, mais rien n’était fait. Après l’avoir écoutée et avoir rencontré d’autres membres de la famille, nous avons repris la route. L’homme soupçonné d’avoir commis le meurtre nous a suivis sur sa moto alors que nous quittions le village, comme pour nous dire « vous ne pouvez rien faire contre moi ».

Qu’avez-vous trouvé de plus difficile?

Comme toutes mes affectations sont courtes, de deux à six semaines, je ne crois pas rencontrer les mêmes difficultés que ceux qui passent un ou deux ans sur le terrain. Le plus difficile, c’est de se remettre du décalage horaire le plus rapidement possible et de partir sur les chapeaux de roue pour tirer le maximum de mon séjour.

Mes journées sont longues et intenses. Je cours tellement que j’ai du mal à rester dans le moment présent. Mais j’aime la variété, j’adore voyager et les projets que nous couvrons sont passionnants. Alors ces petits désagréments en valent la peine. En fait, les gens avec qui je travaille m’aident à les surmonter.

Cameroun, 2018.

Quel est votre souvenir le plus mémorable?

J’ai vécu tellement d’expériences mémorables que c’est difficile d’en choisir une seule. Je vivais une expérience inoubliable presque tous les jours. Pendant mes journées de repos, j’ai fait des excursions dans des lieux fabuleux, dont le temple Angkor Wat, au Cambodge, la Pagode Shwedagon, au Myanmar, et le parc national du Mont Balé, en Éthiopie. La montée du Mont Balé fut particulièrement intéressante. Notre ascension de près de 4 000 mètres nous a donné accès au point de vue privilégié des aigles et nous a permis de voir un loup éthiopien poursuivre un rongeur. Pendant mes journées de travail, mis à part les personnes que j’ai rencontrées, ce sont les trajets pour aller à leur rencontre qui furent la plus grande source d’aventure et de souvenirs impérissables.

Au Cameroun, l’an dernier. On essayait de quitter la côte pour se rendre dans une communauté baka. C’était la saison des pluies. On avait pris la route un peu tard. La route est rapidement devenue de plus en plus boueuse. On a finalement dû s’arrêter : un gros camion barrait la route.

Plusieurs personnes sont sorties de je ne sais où dans la jungle, armées de pelles et de bonne volonté. Si ce n’avait été de la boue et de la chaleur, on aurait pu se croire pris en pleine tempête d’hiver au Canada! Même problème, mais avec 50 degrés de différence. On a finalement réussi à dégager le camion, puis à tracer notre chemin dans les profondeurs de la jungle quelques heures encore avant de traverser un pont branlant à pied et de monter dans un très vieux 4×4. Mais on est arrivé à bon port!

Nicaragua, 2016.

Avez-vous une histoire amusante?

Ce n’était pas de tout repos, mais on ne peut pas dire que c’était ennuyant! C’était à la fin d’une très longue journée au Nicaragua. Nous venions d’arriver dans un village éloigné où des apicultrices avaient formé une coopérative. Je pense qu’il s’agissait de fameuses abeilles africaines. Mais je ne savais pas alors qu’elles étaient agressives. Je me disais qu’il n’y aurait pas de problème, puisque j’avais déjà photographié des tas d’apiculteurs et de ruches au Canada.

Tout le monde insistait pour que je porte un équipement de protection, mais j’ai refusé. Au Canada, tant qu’on ne se place pas directement devant une ruche lorsque les abeilles en sortent, il n’y a pas de problème. Les femmes ont fini par me convaincre de mettre une combinaison de protection et un gant. C’est trop difficile de prendre des photos avec deux grosses mitaines! Les apicultrices ont ouvert la ruche et enfumé les abeilles. À leur sortie, elles se sont précipitées vers moi, sans se préoccuper du comportement des abeilles canadiennes!

J’ai été piqué quelques fois sur la main avant de réussir à mettre mon deuxième gant. Les femmes enfumaient les abeilles, ce qui suffit habituellement pour les engourdir et les faire fuir, mais elles ne semblaient pas du tout affectées. Elles continuaient à m’attaquer alors que j’essayais de prendre des photos. C’était rigolo, au fond. Les femmes continuaient à enfumer les abeilles, je continuais à essayer de prendre des photos et les abeilles continuaient à m’attaquer. J’ai dû déployer de gros efforts pour garder mon focus (dans tous les sens du terme!) sur mes sujets et réussir à prendre des photos.

Une fois terminé, tout le monde est reparti vers le village. Enfin, presque tout le monde… Les femmes ne voulaient pas que je ramène des abeilles agressives dans leur village. L’une des femmes et moi avons dû marcher dans la direction opposée jusqu’à ce que les abeilles décident qu’il ne valait plus la peine de me suivre. Ce fut toute une journée!

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