A la rencontre des sages-femmes: Dina Kamata

Dina Kamata, sage-femme, Tanzanie

Par Ruby Pratka
Conseillère en communication et volontaire de Cuso International avec Les sages-femmes sauvent des vies

Au centre de santé d’Ushetu, quand une sage-femme voit une mère arriver en état de crise, elle appelle Dina Kamata.

En plus de ses responsabilités comme infirmière-sage-femme en service et comme cheffe médicale régionale du district d’Ushetu, Dina est formatrice pour le programme de formation en compétences d’urgence (Midwife Emergency Skills Training, MEST). Quand une urgence arrive, elle garde son calme.

Elle se rappelle d’un cas en particulier, celui d’une mère d’un village éloigné qui avait fait 130 kilomètres de route pour accoucher dans un dispensaire rural. Peu après l’accouchement, la mère, qui saignait abondamment, a commencé à tomber en état de choc. Une collègue, qui n’avait pas encore reçu la formation MEST, a appelé Dina sur son cellulaire.

« Tout d’abord, j’ai dit de ne pas paniquer,  se souvient Dina. Elle a rapidement considéré les causes possibles de l’hémorragie.  Bon, vérifiez le taux d’hémoglobine, vérifiez s’il y a des contractions, regardez si la vessie est pleine, videz-la et vérifiez s’il n’y a pas une déchirure du col de l’utérus. Dans ce cas, le col de l’utérus s’était déchiré parce que la vessie était pleine. J’ai dit à ma collègue de vider la vessie et de suturer la déchirure. »

Une vingtaine de minutes plus tard, la mère ne saignait plus. Dina a pu appeler une ambulance, et la mère était transférée à l’hôpital, où elle a reçu une transfusion sanguine et commencé à retrouver des forces.

Dans le cadre de la formation MEST, les sages-femmes apprennent à gérer des urgences obstétricales fréquentes, telles que l’hémorragie postpartum et les accouchements du siège, ainsi que des conditions telles que l’éclampsie, une maladie rare mais potentiellement mortelle où l’hypertension sévère en fin de grossesse entraîne des convulsions. Elles apprennent aussi à réanimer des nouveau-nés en détresse respiratoire. Tout au long de la formation, l’importance de prodiguer des soins maternels empathiques et respectueux, centrés sur les besoins de la mère, est aussi renforcée.

La formation a été développée par l’Association tanzanienne des sages-femmes (Tanzanian Midwives’ Association, TAMA) et l’Association canadienne des sages-femmes (ACSF) et a été donnée dans le cadre du projet Les Sages-femmes sauvent les vies, une initiative mise en œuvre par Cuso International en collaboration avec l’ACSF.

« Avant la MEST, il n’y avait pas de connaissances, ou très peu de connaissances, sur la gestion de l’hémorragie postpartum ou de l’éclampsie,  explique Dina.  Pendant longtemps, dans nos salles d’accouchement, on a vu beaucoup de femmes mourir d’éclampsie et de l’hémorragie postpartum. »

Dina se rappelle d’avoir aussi vu de nombreuses femmes perdre la vie en route pour l’hôpital, parce que leurs complications ne pouvaient pas être traitées par le personnel des centres de santé locaux.

A l’heure actuelle, 460 infirmières-sages-femmes, employées des hôpitaux régionaux et des dispensaires locaux des régions de Shinyanga et Simiyu, ont reçu la formation MEST, permettant ainsi aux mères ayant des complications d’être traitées sur place et d’éviter des transferts hospitaliers longs et dangereux. Dina a participé à une session de formation MEST en 2015. Depuis, elle partage ses connaissances comme formatrice et dans la salle d’accouchement.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, l’hémorragie postpartum – perte de sang excessive à l’accouchement – est l’une des causes de décès maternel les plus fréquentes au monde. En Tanzanie, selon le Health Policy Project, un décès maternel sur quatre est attribuable à l’hémorragie postpartum.

C’est extrêmement rare de voir une femme mourir d’une hémorragie postpartum dans les pays du Nord, où des médicaments permettant de contrôler les pertes de sang sont facilement accessibles et la majorité des femmes ne vivent pas loin d’une clinique bien approvisionnée. Cependant, dans des pays aux ressources limitées, comme la Tanzanie, où les médicaments ne sont pas toujours accessibles et les femmes vivant en milieu rural doivent souvent endurer de longs voyages à vélo pour trouver une clinique bien approvisionnée, cette complication est souvent fatale. Environ 70,000 mères meurent des suites d’une hémorragie postpartum chaque année dans le monde.

Selon Dina, la formation MEST a amené de nouvelles pratiques en gestion de l’hémorragie dans sa région, ce qui a permis aux sages-femmes de sauver les vies de nombreuses mères.

« Dans le passé, quand quelqu’un faisait une hémorragie, on la référait toute de suite à l’hôpital régional,  explique Dina. Maintenant, on dit à la mère, ne paniquez pas. Respirez. On va vous donner des fluides par intraveineuse et on va trouver la cause du problème. »

« Envoyer une femme qui saigne à l’hôpital régional, ce n’est pas de la gestion de l’hémorragie,  Dina souligne. La gestion de l’hémorragie, c’est de trouver la cause et de la traiter. »

Les chiffres lui donnent raison.  En date de la mi-décembre 2018, on a compté 16 cas de décès néonatal dans le district de Dina, par rapport à 50 en 2017. Cinq cas de décès maternel étaient recensés, par rapport à 20 en 2016—une réduction de 75 pour cent.

Dina continue de partager son expérience avec des sages-femmes à travers l’Afrique de l’Est. Elle a voyagé au Kenya, en Ouganda et en Éthiopie avec TAMA comme formatrice MEST à l’international.

« J’aime ça être formatrice MEST parce que je sais que j’ai les compétences et les connaissances théoriques et pratiques nécessaires pour gérer les urgences obstétricales et réduire le nombre de décès maternels et périnataux. Après tout, c’est le but de tout ce qu’on fait. »

Le projet Les Sages-femmes sauvent des vies est une initiative de quatre ans au Bénin, en RDC, en Éthiopie et en Tanzanie. Mené par Cuso International en partenariat avec l’Association canadienne des sages-femmes et des associations des sages-femmes locales, le projet contribue à la réduction des décès maternels et périnataux en renforçant l’offre et la demande des services de santé et la capacité des associations des sages-femmes. Le projet Les Sages-femmes sauvent des vies est financé par le gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires Mondiales Canada.