Des Congolaises perfectionnent leurs compétences numériques pour lutter contre la violence en ligne

Des Congolaises perfectionnent leurs compétences numériques pour lutter contre la violence en ligne

Après avoir participé à un atelier sur la cybersécurité et la violence sexuelle et sexiste en ligne, Solange* s’est débarrassée du poids énorme qui pesait sur ses épaules…

L’un de ses comptes en ligne a récemment été piraté, et le pirate la menaçait de dévoiler son contenu personnel si elle ne lui accordait pas des faveurs sexuelles. Solange a cru pendant des mois que c’était de sa faute.

Mais la formation de Si jeunesse savait, un organisme féministe de Kinshasa soutenu par Cuso International, lui a permis de réaliser qu’elle avait été victime de violence en ligne et qu’elle pouvait obtenir de l’aide. Elle a aussi compris qu’elle pouvait acquérir les connaissances et les compétences nécessaires pour prévenir ce genre d’attaque à l’avenir.

« Sans éducation, sans formation et sans aide, bien des femmes et des filles congolaises sont complètement démunies devant le harcèlement en ligne, explique Félix Mukwandja Iluba, responsable des programmes de Cuso International en République démocratique du Congo (RDC). Malheureusement, bon nombre d’entre elles ne sont pas au courant des risques qu’elles peuvent courir sur Internet et des conséquences majeures qui peuvent en découler. Cette formation est l’occasion d’acquérir les compétences pour prévenir et éliminer la violence en ligne. Des compétences qu’elles pourront ensuite partager avec d’autres femmes. »

L’utilisation d’Internet et de la téléphonie cellulaire augmente rapidement en RDC. De janvier 2020 à janvier 2021, le nombre d’utilisateurs de téléphones cellulaires a grimpé de 5,3 %. Et la hausse atteint pas moins de 29 % dans le cas d’Internet. Or, les femmes et les filles congolaises, qui ont peu accès à l’éducation, sont plus susceptibles de subir de la violence en ligne, particulièrement celles qui osent aborder les problèmes d’inégalités entre les sexes et revendiquer le respect de leurs droits. Seulement 52,7 % des filles de 5 à 17 ans fréquentent l’école en RDC.

Vingt membres de l’équipe de Si jeunesse savait ont suivi une formation pour apprendre gérer les actes de violence sexuelle et sexiste en ligne. L’atelier comprenait de l’information sur la culture numérique et sur la façon de gérer la violence en ligne, d’aider les victimes et de les accompagner dans leurs démarches judiciaires.

« Avec cette formation, mon personnel et moi avons appris des stratégies pour protéger nos données, nos comptes et nos identités en ligne. On nous a également indiqué les applications à éviter et les techniques de navigation sécuritaire sur Internet, explique Richine Masengo, directrice générale de Si jeunesse savait. Nous avons aussi appris à former d’autres activistes, à bien nous protéger et à protéger les autres. »

Après l’atelier, Si jeunesse savait a lancé une campagne d’information en ligne accompagnée du mot-clic #TechSansViolences. Leur objectif : éduquer et outiller les femmes et les filles pour les aider à éviter la violence en ligne et à obtenir du soutien et de l’accompagnement, au besoin. La campagne a atteint plus de 50 000 personnes par l’entremise de Facebook, Twitter, Instagram et YouTube.

Devant cette réussite, l’équipe de Si jeunesse savait a été invité à partager son expertise avec l’Institut supérieur de technologies appliquées et à présenter son projet aux membres du chapitre congolais de la Société Internet. Si jeunesse savait a aussi été invité par plus d’une dizaine d’autres organismes pour donner une formation sur la violence sexuelle et sexiste en ligne à leur personnel et leur proposer des stratégies efficaces de prévention et d’intervention.

Marie-Nathalie Bakankengesha Tshondo Zaina, l’une des administratrices de Si jeunesse savait, constate que cette formation a changé sa façon de voir sa présence en ligne et lui a fourni des stratégies pour assurer sa sécurité et celles des autres.
« Je n’accepte plus les yeux fermés les règles de confidentialité des médias sociaux ou des moteurs de recherche, explique-t-elle. Je ne serais plus jamais harcelée ou piratée. Et même si ça m’arrivait encore, je saurais comment réagir. J’ai vraiment de meilleures compétences concernant les technologies de l’information et des communications grâce à ce projet. »

*Nom fictif.