Il faut un village pour atteindre l’égalité entre les femmes et les hommes

Par Sarah Pentlow
Coordonnatrice mondiale, Égalité homme-femme et inclusion sociale

On dit souvent qu’il faut un village pour élever un enfant. Mais saviez-vous qu’il faut aussi un village pour transformer les normes sociales et faire éclater les structures inégalitaires qui freinent l’épanouissement des femmes? En cette journée du 8 mars, pendant laquelle toute la planète célèbre la Journée internationale des femmes, je vous invite à prendre un moment pour faire le bilan de ce fameux village. Il se passe quelque chose en ce moment. Que ce soit en réaction au monde politique ou à la culture populaire, ou en raison d’un sentiment de ras-le-bol devant nos luttes personnelles quotidiennes, nous avons aujourd’hui atteint une masse critique. Les structures commencent à exploser, comme le soulignait le Times Magazine dans son édition de novembre.

Si transformer les normes sociales se faisait en un claquement de doigts, nous serions parvenus à l’égalité entre les femmes et les hommes depuis longtemps… Mais comment se fait-il que nous ayons toujours cette conversation? Nous sommes en 2018, bon sang! Théorie de la masse critique mise à part, je pense que nous avons encore cette conversation parce que les changements réels resteront impossibles tant que la totalité des villageois ne sera pas de la partie : les aînés, les parents, les leaders religieux, les propriétaires d’entreprises, les éducateurs, les enfants et les institutions .

Les inégalités s’accroissent et les droits des femmes continuent à être bafoués à grande échelle et dans le plus grand silence, et ce, malgré les résolutions de l’ONU et les stratégies nationales pour promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes. C’est notamment le cas dans le Nord du Bénin, où pas moins de 70 % des filles et jeunes femmes de certains groupes ethniques subissent encore des excisions et des mutilations génitales. Le problème de l’excision et des mutilations génitales féminines résume et symbolise à lui seul les luttes du mouvement féministe contre le pouvoir, le patriarcat, l’appropriation du corps des femmes et la violence.

C’est pour contribuer à cette lutte fondamentale que Cuso International lance un nouveau projet triennal financé par Affaires mondiales Canada. Nous sommes d’ailleurs fermement convaincus que les quatre principes que nous privilégions pour mettre fin à l’excision et aux MGF favoriseront ultimement des changements à grande échelle. De plus, notre engagement auprès des villages béninois servira de modèle à nos interventions ailleurs dans le monde.

1. Affirmer le leadership féminin pour lutter contre la violence faite aux femmes :La violence sexiste, qui fait malheureusement partie du quotidien des femmes de partout dans le monde, est l’un des obstacles majeurs à leur égalité. Cette violence va bien au-delà de l’agression sexuelle et du harcèlement en milieu de travail. Elle comprend des pratiques culturelles néfastes, le mariage forcé de mineures, la violence verbale et la cyberintimidation, notamment. Elle comprend également des formes plus cachées de violence : la violence économique ainsi que le stress mental et émotionnel lié au fait de vivre constamment dans la peur de la violence, par exemple. Sans une participation active des femmes à l’espace politique afin de s’assurer qu’on accorde la priorité à ces enjeux et qu’on prenne des mesures pour les régler, le cycle de la violence se poursuivra.

2. Mobiliser les leaders de la communauté : Les initiatives communautaires sont essentielles. C’est pourquoi Cuso International s’associe avec des organismes locaux pour mettre en œuvre ses projets sur le terrain. Partout dans le monde, des organismes communautaires mènent le mouvement qui revendique l’égalité entre les sexes et s’oppose aux forces qui menacent les femmes et leurs droits. Or, ces organismes et ces leaders ont besoin de soutien financier et humain pour mener à bien leur travail.

3. Collaborer avec les autorités et les gouvernements : Certains militants préfèrent garder leur distance avec les gouvernements; mais, en réalité, le pouvoir se trouve entre leurs mains. Comme ce sont les autorités gouvernementales qui assurent la stabilité du village, elles doivent être transformées pour devenir des moteurs de changements positifs. Il est, à ce titre, très encourageant de constater qu’il existe des cadres de travail comme la Politique d’aide internationale féministe du Canada. Toutefois, une politique n’est rien si elle ne se traduit pas en gestes concrets.

4. Adopter des stratégies diversifiées et complémentaires : Si vous n’êtes pas convaincu de l’importance de l’égalité entre les femmes et les hommes du point de vue des droits humains, peut-être que l’analyse du point de vue des services de santé et des services sociaux ou des économies budgétaires pourrait y parvenir. Cependant, les croyances relatives aux femmes et aux hommes sont si profondément ancrées dans notre vision du monde qu’il nous faut parfois plus que des arguments logiques pour changer nos valeurs. D’où l’importance du rôle des artistes, des poètes et des sources d’inspiration spirituelle dans cette lutte. C’est pour cette raison que notre projet au Bénin prévoit la participation de médias locaux, de compagnies de théâtre et de leaders religieux à notre stratégie de transformation.

Par ailleurs, nous devons nous questionner sur le pouvoir et les privilèges que nous possédons dans notre vie personnelle et au sein des organismes que nous représentons. Nous devons également nous demander si nous lutterions pour l’égalité si le gouvernement ne l’exigeait pas. Vous sentez-vous interpellé par les témoignages d’injustice rapportés dans les médias? En avez-vous déjà été témoin? Avez-vous déjà été membre d’un jury? Vous pensez peut-être que vous n’êtes pas concerné par ces événements, mais vous l’êtes! La première étape consiste à trouver sa place dans le village, de la même façon qu’on commence un voyage en train en choisissant son siège. Alors, choisissez votre place, car il nous faudra tout un village pour changer le monde, et il est plus que temps de prendre le train du changement!